Les droits par la fabrication - Compétences pour une éthique omniprésente

Institution

L'éthique omniprésente est une praxis sociale visant la justice et la liberté, qui imprègne la société de manière capillaire, devenant une attitude universelle qui rend les personnes conscientes de leurs propres droits, capables et désireuses de contribuer à voir leurs propres droits et ceux de tous réalisés.
Thèse de doctorat d'Ambra Trotto

Cette thèse commence par un Manifeste, audacieux, passionné et ambitieux. Les objectifs sont placés haut, comme pour s’engager dans une entreprise majeure : comment le design peut-il contribuer à une nouvelle civilisation. La première version a été écrite en 2006 à Bertinoro, Italie, où Caroline Hummels, Kees Overbeeke et moi-même donnions un atelier sur l’Esthétique de l’Interaction pour l’Université de Bologne. Dans ce Manifeste, nous déclarions notre conviction et proposions une vision, concernant la façon dont le design peut faire évoluer la pensée occidentale vers une éthique omniprésente. Par éthique omniprésente, j’entends une praxis sociale visant la justice et la liberté, qui imprègne la société de manière capillaire, devenant une attitude universelle qui rend les personnes conscientes de leurs propres droits, capables et désireuses de contribuer à voir leurs propres droits et ceux de tous réalisés. J’ai appelé cette approche « Les droits par la fabrication ». Le manifeste énonçait une mission, qui a ensuite été appliquée et validée. Les grandes lignes de pensée du manifeste ont été respectées et renforcées à travers plusieurs actions. Cette thèse décrira ces actions, la théorie sous-jacente et la réflexion associée tant sur l’approche que sur les résultats. Le Manifeste intégrait les points de vue des rédacteurs, unis par une motivation commune, dans un monde marqué par toutes sortes d’incertitudes sociales. Dans le Manifeste, nous déclarions notre intention de préparer et de réaliser des ateliers avec des étudiants de différentes nationalités, stimulant l’intégration de points de vue compétents parmi les futurs designers. Lorsque le Manifeste a été écrit, il n’existait pas encore de stratégie concrète pour autonomiser les personnes vers une éthique omniprésente. Le seul point d’ancrage était la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nous voulions que les valeurs contenues dans ce document soient matérialisées, incarnées dans des produits ou systèmes (intelligents). Tant le résultat de ce que nous visions (des produits ou systèmes intelligents autonomisant vers la réalisation des droits humains) que le processus de sa réalisation (atelier) devaient contribuer à l’éthique. C’était tout ce que je savais à l’époque…

Au fil des années, le cadre théorique sous-jacent a commencé à acquérir sa propre cohérence. Ce n’est qu’après la réalisation des 5 premiers ateliers (sur 7 au total) que j’ai pu structurer et décrire explicitement la plateforme théorique qui soutenait mon entreprise. Ces actions (les ateliers) ont contribué à la formation d’un corps de connaissances, dont la force et la pertinence potentielles n’avaient jusqu’alors été perçues que par intuition. Cette connaissance tacite a été extraite, réfléchie et affinée, à travers des itérations de réflexion-sur-l’action, dans lesquelles les parties « actives » étaient les ateliers individuels.

Ainsi, la formation de cette plateforme théorique, le raffinement de la quête de recherche ou du défi de design, et la réalisation des ateliers se sont chevauchés dans le temps et étroitement entrelacés. Pour plus de clarté, dans cette thèse, j’ai choisi de les positionner dans l’ordre suivant :

  • Partie 1 : définir le défi de design / la quête de recherche et l’approche des droits par la fabrication ;
  • Partie 2 : illustrer le cadre théorique sous-jacent à l’ensemble du travail. Ce cadre théorique est formé par trois éléments : (1) l’Éthique (2) la Fabrication et (3) leur intégration, c’est-à-dire comment la Fabrication autonomise vers l’Éthique : le cœur de l’approche des droits par la fabrication.
  • Partie 3 : décrire comment cette théorie est appliquée dans des ateliers de design et comment l’approche des droits par la fabrication (RtM) a évolué ;
  • Partie 4 : réflexion sur l’expérience de recherche globale et les motivations personnelles sous-jacentes.

Avant ce corps central, j’ai placé une partie introductive contenant des remerciements, les droits des lecteurs, une synopsis (ce chapitre) et des tables des matières. Après la quatrième partie, j’ai positionné une partie appelée « Annexes », composée de deux sections principales :

  • Dans la première section, je présente les ateliers RtM en détail, tant en ce qui concerne le processus de chaque atelier RtM que leur évolution ;
  • Dans la seconde section, j’illustre la direction dans laquelle j’envisage la diffusion des RtM à l’avenir, à travers la réalisation d’une plateforme Internet.