Le mémoire en DSAA2 · Atelier

Table des matières

L’objectif de ce cours est de permettre aux étudiants en 2e année de DSAA d’acquérir une compréhension claire de ce qui est attendu dans leur mémoire pour le diplôme du DSAA, de ce qui le distingue du projet de diplôme, et de ce qui les relie.

À l’issue du cours, les étudiants devraient être capables de :

  • distinguer le mémoire du projet de diplôme selon trois axes — épistémologique (posture de recherche vs posture de conception), formel (structure, méthodologie, exigences de rédaction) et relationnel (comment le mémoire nourrit et accompagne le projet) ;
  • repérer les écueils classiques d’un premier mémoire de DSAA (confusion avec un rapport de projet, sujet trop vaste ou mal délimité, absence de posture réflexive) à partir d’exemples concrets ;
  • situer le mémoire dans une démarche de recherche telle qu’introduite dans le cours d’Initiation à la recherche ;
  • formuler une première intention de sujet (piste de terrain, de motivation, de question) comme point de départ engageant pour l’année.

Cette séance est formative, non évaluée. Vous pouvez toutefois discuter et revoir ce qui est dit aujourd’hui avec l’ensemble des personnes qui vous accompagnent au cours de cette année : les responsables d’atelier, les professeurs de sciences humaines et de philosophie, les référents de l’enseignement supérieur.

L’ensemble du cours d’initiation à la recherche en design et création (mise à jour) est accessible à https://plevy.fr/teachings/initiation-a-la-recherche/.

Revue de mémoire DSAA

Ce texte accompagne le déroulé de l’atelier.
Mais ce moment reste un moment de dialogue et non de monologue.

1. Introduction : le mémoire dans le parcours DSAA

À la fin de cette année, deux choses sont demandées : un projet de diplôme, et un mémoire. Le projet est en quelque sorte un prolongement naturel des projets effectués depuis le début de la formation. Le mémoire, en revanche, est souvent la partie la moins claire : on sait qu’il faut « écrire quelque chose », on ne sait pas toujours pourquoi, ni ce qui le distingue réellement d’un travail préparatoire au projet.

L’objectif de cet atelier n’est pas de donner une méthode de rédaction — cela se travaille plus tard dans l’année. L’objectif est plus simple et plus fondamental : comprendre ce qu’on attend d’un mémoire de DSAA, en quoi il diffère du projet de diplôme, et ce qui les relie. Sans cette compréhension, on écrit un mémoire à l’aveugle, souvent en le confondant avec autre chose — une réflexion ouverte, une note d’intention, un making-of du projet. Avec cette compréhension, même approximative à ce stade, on pourra commencer l’année avec une direction dès maintenant, plutôt que d’attendre que le sujet vienne.

On va procéder ainsi :

  • distinguer le mémoire et le projet,
  • rappeler brièvement ce que veut dire « faire une recherche » — parce qu’un mémoire de DSAA en est une, même modeste.
  • regarder ensemble, sur des mémoires réels d’anciens étudiants de votre atelier, où ça marche et où ça… marche moins bien.
  • travailler individuellement sur un questionnaire, pour repartir, on peut l’espérer avec une première intention, même provisoire.

2. Mémoire vs projet de diplôme

Le projet et le mémoire ne sont pas deux exercices séparés qu’on empile l’un sur l’autre. Ce sont deux modes de rapport à un même terrain, qui se distinguent selon trois axes.

2.1 Axe épistémologique — deux postures différentes

Le projet de diplôme relève d’une posture de conception : vous partez d’un contexte, d’un besoin, d’une intuition, et vous proposez une réponse — un objet, un espace, une identité visuelle, un dispositif. La validité de cette réponse se juge à sa cohérence, sa pertinence, sa qualité formelle et son adéquation au problème posé.

Le mémoire relève d’une posture de recherche : vous ne proposez pas une réponse, vous interrogez quelque chose. Vous partez d’un terrain, d’une pratique, d’un phénomène qui vous intrigue ou vous résiste, et vous cherchez à en produire une compréhension plus fine, en vous appuyant sur des références, une méthode, une distance critique. La validité d’un mémoire ne se juge pas à sa capacité à résoudre un problème, mais à sa capacité à éclairer une question.

Ce n’est pas une différence de sujet — le mémoire et le projet portent très souvent sur le même terrain. C’est une différence de ce que vous en faites. Sur un même terrain, le projet demande « que puis-je proposer en réponse à un défi ? », le mémoire demande « que puis-je comprendre suite à une interrogation ? ».

2.2 Axe formel — deux structures différentes

Le projet se donne à voir principalement en images, en objets, en dispositifs — le texte y est un support du processus (note d’intention, cahier des charges, argumentaire). Le mémoire, à l’inverse, est un texte de recherche : il est écrit, structuré (une introduction qui pose la question, un développement qui l’instruit à partir de références et d’une méthode, une conclusion qui ouvre), et il est jugé sur des critères académiques — clarté de la question de recherche posée, qualité de l’argumentation, usage des références, rigueur de la méthode. C’est un exercice de rédaction et de raisonnement autant qu’un exercice de conception.

Ce point sera retravaillé au fil de l’année par vos encadrants — ici, il suffit d’avoir en tête que la forme attendue n’est pas celle d’un rendu de projet.

2.3 Axe relationnel — le mémoire nourrit le projet

C’est le point dont l’équilibre est souvent le plus difficile à trouver : le mémoire et le projet ne sont pas deux livrables indépendants, ils s’articulent dans le temps. Le travail de recherche mené pour le mémoire — l’exploration du terrain, la lecture, la mise à distance critique — nourrit la maturation du projet ; réciproquement, les intuitions et difficultés rencontrées en atelier peuvent faire émerger les questions que le mémoire ira creuser. Un bon mémoire n’est pas écrit pour justifier un projet déjà fixé : il dialogue avec lui tout au long de l’année.

C’est aussi pour cette raison que cette séance a lieu maintenant, avant que vous n’ayez commencé à travailler sur l’un ou l’autre : le sujet de terrain qui vous anime peut, et devrait, alimenter les deux en parallèle.

3. Ce qu’implique « faire une recherche » en DSAA

Un mémoire de DSAA est une recherche “modeste”, mais c’est une recherche — pas un texte réflexif libre. Cela veut dire qu’il obéit à une logique déjà présentée en détail dans le cours d’initiation à la recherche suivi en DSAA1, et rediscuté en DSAA2 (rappel puis approfondissement) — on s’appuie ici sur ce cours sans le reprendre en entier.

Trois éléments à avoir en tête dès maintenant :

La question de recherche est le pivot (cf. La question de recherche). Une bonne question se reconnaît à ce qu’elle est faisable (vous pouvez y répondre avec les moyens et le temps dont vous disposez), restreinte (une question trop ouverte détériore la qualité de la recherche), et claire (on peut déterminer si elle a été traitée ou non). Un sujet de mémoire n’est pas encore une question de recherche — le travail de l’année consiste justement à faire passer de l’un à l’autre.

La revue de littérature situe le sujet (cf. La revue de littérature). Un mémoire ne part pas de rien : il se positionne par rapport à ce qui a déjà été écrit, pensé, produit sur le sujet — que ce soit en design ou dans d’autres champs (sociologie, anthropologie, histoire de l’art, etc., selon votre terrain). Cela demande de chercher, lire, organiser, discuter des références dès le début de l’année, pas à la dernière minute.

La posture d’étonnement et de réflexivité est ce qui distingue le chercheur du praticien. Faire une recherche, ce n’est pas seulement faire, c’est prendre du recul sur ce qu’on fait — se demander pourquoi on le fait ainsi, ce que cela présuppose, ce que d’autres en ont dit ou en diraient. C’est cette distance qui manque le plus souvent dans un premier mémoire, et qui s’apprend.

4. Les écueils classiques

Sur la base des mémoires précédents, les écueils suivants méritent une attention particulière. Les nommer maintenant permet de les repérer chez soi avant qu’ils ne s’installent.

Confondre le mémoire avec un rapport de projet. Le symptôme le plus fréquent : un texte qui raconte une réflexion directement adressée au projet de diplôme (« j’ai considéré cet aspect-ci qui importe comme ça pour le projet, ce qui m’a orienté vers telle proposition »), sans jamais traiter d’un étonnement ou d’une interrogation en interrogeant le monde académique. Ce n’est pas un défaut de qualité, c’est un défaut de nature : ce texte répond à « que fais-je ? », pas à « qu’est-ce que je cherche à comprendre ? ».

Un sujet trop vaste ou mal délimité. Symétrique du précédent : un sujet ambitieux, souvent sincère, mais qui englobe trop (e.g. « le rapport de l’homme à la nature », « la mémoire dans l’espace urbain ») pour être traité sérieusement dans un mémoire de DSAA. Le signe qui doit alerter : si vous ne parvenez pas à formuler votre sujet en une phrase, il est probablement encore trop large (e.g. « organisation de l’art dans l’espace urbain »).

L’absence de posture réflexive. Un mémoire peut être bien écrit, bien référencé, et pourtant rester descriptif — il décrit un contexte, une pratique, un terrain, sans jamais interroger ce que cela implique, révèle ou pose comme problème. Le repère ici : un mémoire réflexif contient des phrases qui commencent par « cela pose la question de… », « on peut se demander si… », « cela contredit / confirme… » — pas seulement des phrases qui décrivent.

5. Comment démarrer : de l’intérêt personnel à une première question

On ne part pas d’une question de recherche toute faite — on part de ce qui nous intéresse, nous questionne, nous étonne ou nous dérange dans un terrain. Le travail des premières semaines consiste à faire glisser cet intérêt vers une interrogation plus précise, souvent en trois temps :

  1. Nommer le terrain ou la pratique qui vous attire — pas encore un sujet, juste un territoire (un lieu, un objet, une communauté, une pratique professionnelle…).
  2. Identifier ce qui, dans ce terrain, vous surprend ou résiste — un décalage entre ce que vous observez et ce que vous attendiez, une tension, une contradiction. C’est souvent là que se cache la vraie question.
  3. Formuler une première question, même provisoire et maladroite — elle sera reformulée plusieurs fois dans l’année, ce n’est pas grave. L’essentiel est d’avoir un point de départ pour commencer à chercher des références et à en discuter.

Les deux premiers points peuvent aussi être suivis dans l’autre sens: Cherche un terrain qui concrétise un questionnement ou un étonnement.

C’est précisément ce travail qui va être initié en fin d’atelier, individuellement, avec le questionnaire (le point 7. questionnaire). Il faut le considérer comme un premier jet pour soi, non pas comme un formulaire à remplir parfaitement.

6. Ressources et accompagnement pour l’année

Cette séance n’est qu’un point de départ. Plusieurs relais existent pour la suite de l’année :

  • L’atelier reste le lieu naturel où mémoire et projet continuent à s’articuler au fil du travail.
  • Le cours Initiation à la recherche se poursuit en DSAA2, pour un approfondissement notamment de la question, de l’hypothèse et de la stratégie de recherche.
  • Le suivi de l’écriture du mémoire est ensuite assuré conjointement par l’ensemble de vos encadrants. Rien ne vous empêche de consulter des personnes-ressources extérieures à l’établissement. N’hésitez pas à tous les solliciter — ils n’apportent pas le même regard.

7. Questionnaire

A. Sujet et terrain pressentis

  1. Quel terrain, quelle pratique ou quel objet vous intéresse pour votre mémoire ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ?
  2. D’où vient cet intérêt (expérience personnelle, atelier, stage, rencontre, lecture…) ?
  3. En une phrase, qu’est-ce qui vous étonne, vous dérange ou vous intrigue dans ce terrain ?

B. Anticiper la distinction mémoire / projet de diplôme
4. Si vous deviez décrire aujourd’hui votre futur projet de diplôme en une phrase, que diriez-vous ?
5. Si vous deviez décrire aujourd’hui votre futur mémoire en une phrase, que diriez-vous ?
6. En quoi diffère-t-elle de la précédente ?
7. Quelles questions se posent à vous, auxquelles votre projet seul ne pourra pas répondre, mais que le mémoire pourrait explorer ?

C. État des lieux / premières références
7. Quelles lectures, œuvres, praticiens ou références connaissez-vous déjà sur ce sujet ?
8. Où pourriez-vous chercher pour en savoir plus (bibliothèques, personnes-ressources, bases de données) ?

D. Projection sur l’année
9. Quelles sont, selon vous, les grandes étapes et le calendrier de votre travail sur le mémoire cette année ? Pensez à répondre en rétroplanification.
10. Quels risques ou difficultés anticipez-vous (temps, accès au terrain, matériel…) ?
11. De quel accompagnement pensez-vous avoir besoin, et à quel moment ?